SpiderMaman : j’allaite mes triplés ou pas?

Me voilà le sein à l’air, au centre d’un lieu public (hôpital), mon côté exhibitionniste est à son comble ! Mes tétons en frétillent. Tant mieux, ça facilitera l’allaitement.

Depuis assez jeune, l’idée d’allaiter me semblait évident. Avec l’arrivée des triplés, c’est resté le cas. Et pourtant, j’en suis convaincue, le mieux est de faire ce que l’on ressent. Pour ma part, j’exècre les discours pro-allaitement à tout prix, la culpabilisation des pauvres mamans qui ne souhaitent pas allaiter. Après tout,  mai 68 à fait son chemin et aujourd’hui, les femmes ont le droit de faire leur propre choix sans que des inconnus viennent s’immiscer dans la vie de nos seins.

Revendication à part, j’en ai parlé assez tôt dans ma grossesse triple pour préparer le terrain. Hospitalisée plusieurs semaines avant l’accouchement de nos triplés, j’ai eu le bonheur de vivre les merveilleuses aventures de « maman à l’hosto » et au final, tout n’a pas été déprimant. D’abord, bien entendu, trois merveilleux bébés sont nés. En plus, j’ai pu consulter une sage femme spécialiste de l’allaitement de jumeaux et plus qui m’a prodigué de précieux conseils. Des associations sont très renseignées sur le sujet et elles accompagnent les mamans dans leur démarche.

Malheureusement, j’ai été transférée avec les petits le lendemain de la césarienne et la clinique ou plutôt « l’hôtel » (parce que de bons repas ne font pas de bons soignants – bouh, méchante !) où j’ai hiberné n’avait pas de volonté particulière pour me faciliter l’allaitement.

« Des triplés, mais M’dame vous ne pourrez jamais les allaiter ! », « vous n’aurez jamais assez de lait pour trois », « ils sont trop petits, ils n’arriveront pas à téter ». Espèce de BIP !

La montée de lait a pris quelques jours. Premier appel d’urgence sur la petite sonnette à côté du lit. Hypocondriaque de naissance, je me lance dans un « vous êtes sûres que je n’ai pas une maladie grave ? J’ai une boule, là sous le bras et une autre vers le bas du cou. » Non, je n’ai pas de maladie grave.  J’ai simplement le lait qui commence à prendre place dans mes seins magnifiquement énormes. Six jours tout de même après l’accouchement, je me présente un beau matin devant le miroir telle une star siliconée. C’est la révélation. Je peux me venter de faire du bonnet D, moi, la rousse à petite poitrine. (Et ça, c’est déjà gentil)

Sur les conseils de ma douce sage femme, j’ai commencé à titiller mes tétons dès le lendemain de l’accouchement pour les préparer. Les préparer, Et oui, les tétons ça se prépare grâce à un savant petit touché pour étirer le mamelon. Et, le beau matin en question, j’ai pu enfin extraire la substantifique moelle. Un liquide jaunâtre appelé colostrum a jaillit de mon sein. Oh, mère nature, merveille devant l’éternelle, je crois qu’il est temps d’offrir ces seins !

C’est chose faite dès le début de l’après-midi. L’insistance auprès du staff infirmier à fait ses preuves. On me propose de tester avec « Dan le dormeur » (ou plutôt l’ex-dormeur, car aujourd’hui il ne remporte même pas la médaille de bronze dans cette catégorie).

C’est le plus petit et le moins vigoureux mais on ne me laisse pas vraiment le choix. Mes hormones s’amplifiant, je perds mon sens de l’engueulade et me soustrait aux méchantes dames en blouses blanches. Bien sûr, il n’arrive pas à téter. Bien sûr, il s’endort sur mon sein. Le lendemain, rebelote, je demande à être prévenue par un appel dans ma chambre de l’heure des tétées pour accourir – ou plutôt tenter d’accourir (la césarienne chez moi, ça a été aïe, aïe, aïe)- vers le service de néonatalogie. Encore une fois, c’est Dan qui profitera de mon sein pour dormir paisiblement.

Après m’avoir rabâché les oreilles sur l’impossibilité d’allaiter trois bébés prématurés, on m’indique donc un autre moyen : le tire lait électrique. En général, les hôpitaux ont des accords avec des sociétés qui louent ces engins maléfiques. Il n’y a plus qu’à passer un coup de fil et « un tire lait, s’il vous plait » ! On vient me le déposer dans l’après-midi. Sa location peut être prise en charge par la sécurité sociale.

Je m’installe droite comme un « i » sur mon lit et c’est parti pour une musique infernale de « broom, broom ». J’ai un peu l’impression d’être un bovin en pleine traite. Mais la récolte est bonne et j’ai réussit (à raison de 5 fois par jour) à allaiter complètement mes trois enfants pendant 2 mois. Ensuite, je suis passée à un allaitement mixte et après un bon gros rhume nécessitant un traitement de cheval, j’ai dû stopper mes traites quotidiennes.

J’aurai pu retenter le sein quand mes petits bébés tout roses avait les joues bien remplies mais mon quotidien avait pris son rythme et aujourd’hui « non, rien de rien. Non je ne regrette rien ».

Le SPIDERPLAN des SPIDERPARENTS de triplés (rien de médical ici mais des petites choses qui m’ont bien aidé)

- Renseignez-vous avant la naissance de vos jumeaux, triplés ou plus pour allaiter auprès de votre sage-femme et de personnes compétentes.

- Faites ce qui vous plait et l’allaitement n’est pas une obligation, vous n’êtes pas un mauvais parent pour autant. Ne laisser personne dire le contraire !

- Pour celles qui ont choisi l’allaitement, soyez persévérante. L’allaitement au sein est possible même pour les bébés prématurés ou de petit poids. N’hésitez pas à insister si cela  vous tient à cœur.

- La réussite de l’allaitement au sein chez les bébés prématurés se fait grâce à la répétition. Même si les bébés ne tètent pas, faite couler quelques gouttes et proposez leur.

- N’hésitez pas à proposer un petit doigt bien propre pour inviter l’enfant à maîtriser le réflexe de succion.

- Il est possible d’allaiter deux enfants en même temps. (deux seins, deux enfants, c’est mathématique)

- Préparer vos tétons dès l’accouchement pour prévenir la montée de lait.

- Si vous ressentez des douleurs ou que vous apercevez des crevasses sur les seins, consultez rapidement. On est pas obligé de souffrir pour allaiter !

- Le tire-lait est un peu barbare mais joue bien son rôle.

- Vous pouvez louer un tire-lait électrique (remboursable par la sécurité sociale) et tirer votre lait sur un ou deux seins en même temps.

- La nature est bien faite. En général, le lait vient en quantité suffisante en fonction du nombre d’enfants.

- Les tires-lait électriques Medela proposent des modèles pratiques. (voir article sur le tire-lait électrique medela)

- Le lait maternel peut se congeler pour être utilisé plus tard.

- Si vous optez pour l’allaitement mixte (sein+biberon), pensez à trouver des tétines adaptées car la succion au sein et bien différente de celle au biberon. On demande déjà beaucoup d’adaptation à nos bébés alors essayons de leur faciliter la vie !

- Le bébé le plus vigoureux est le plus apte à téter en premier.

- Persévérez, persévérez, persévérez. Oui, oui, allaiter des jumeaux ou plus, c’est possible. En surfant, vous trouverez de nombreux exemples.
Liens utiles:

- DOCUMENTATION, cliquez-ici

- Leche League

- Allaitement de jumeaux

- Les bienfaits de l’allaitement maternel

-Allaitement quand les bébés sont de faibles vigueurs ou de petits poids

-Allaitement des jumeaux et plus (des positions) … et plein d’infos sur l’allaitement en général

allaitement jumeaux

Quelques positions pour allaiter ses jumeaux

Claire Barer, maman de triplés 
Le blog de triplés-  » La vie des triplés « : trucs, astuces et galères de parents de jumeaux et plus et de familles nombreuses.

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14 commentaires à propos de “SpiderMaman : j’allaite mes triplés ou pas?

  1. Merci pour cet article, ça va donner de l’espoir aux mamans de multiples. J’ai eu 2 petits garçons il y a un an, j’ai tenté l’allaitement mais le staff médical partait déjà perdant. Et on ne m’a pas aidé, on m’a directement mis les 2 bébés en même temps, un à chaque sein. Dans ce cas, comment les replacer?…
    Bilan des courses, une semaine à la mater catastrophique car pas de lait, des flots de larme, des bébés complémentés (à la seringue quand même après lourde insistance de ma part) et sortie avec 2 bébés ne sachant pas téter, un tire lait et une prescription pour du lait artificiel. Arrivée à la maison, il aurait fallu remettre mes bébés au sein + tirer mon lait + leur donner le lait tiré + les complémenter… Autant dire qu’avec 2 bébés à s’occuper, c’était mission impossible…
    Je crois qu’il y a un réel travail d’information à faire auprès de SF et de auxiliaire de puériculture à la mater…
    Très récemment, j’ai appris l’existence d’un groupe de la Leache League dans mon département paumé, personne ne m’en a parlé avant, et surtout pas au moment où les problèmes se présentaient…
    Bref mauvais souvenir de tout ça… Mais si bébé3 se présente un jour, je ne dis pas non à un allaitement, bien au contraire, et j’aurai moins de pression, même si je sais que ça n’a pas marché la 1ère fois, et je saurai vers qui me tourner…

    • Franchement, votre commentaire fait mal à mon petit coeur. On nous affiche partout que le lait maternel est le meilleur lait et l’information et la formation ne sont pas forcément au rendez-vous. C’est dommage mais pas de regret. Ca ne doit pas être de l’épuisement ni de la douleur. J’espère que vous aurez un petit troisième pour retenter l’expérience, si vous en avez envie.
      Ici, pour mon quatrième, j’avais tellement l’habitude du tire-lait que j’ai renouvelé cette méthode. J’aurai dû mieux anticiper et me faire plus accompagner pour la mise au sein. Ca m’a manqué.

  2. J’ai allaité mes jujus (par le tire-lait car ils ont 1 RGO) pendant 6 mois et je ne regrette qu’1 chose : ce biiippp de tire-lait mais c’etait la seule solution pour leur donner mon lait epaissi…

  3. Bonjour, maman de jumeaux depuis peu ! enfin déjà deux mois je continue à les allaiter. Mais avec un état de fatigue qui s’installe j’ai commencé le mixte (sein +bib) tout se passe magnifiquement bien ! alors si l’envie d’allaiter vos jujus vous titille, écoutez vous et vous verrez tout se passera bien , faites vous confiance ……

  4. Mes jumeaux auront 7 mois dans quelques jours et je les allaite toujours. Ils sont nés à 32 SA et ne savaient pas téter. Le tire-lait a donc été mon compagnon pendant plusieurs semaines. J’ai répété à qui voulait l’entendre que je voulais allaiter mais que j’avais besoin d’être encouragée. L’équipe médicale a été fantastique, mon mari et la famille ont été d’un grand soutien moral et logistique. Je m’attendais à être épuisée et j’ai plutôt la pêche. Je croyais que ce serait difficile, et même si la mise en route a été un peu compliquée, je trouve ça très pratique. A toutes celles qui aimeraient tenter l’expérience, je leur dirais de foncer, d’y croire et de bien s’entourer.

    • Merci pour votre témoignage. Je pense qu’il est vraiment important d’avoir des référents allaitement fiable pour aider. Après mes engorgements, j’ai failli baisser les bras. J’aurai aimé avoir de meilleurs encouragements et surtout de l’accompagnement. 7 mois d’allaitement avec vos jujus c’est très encourageant pour plein de mamans de multiples. (ou de maman, tout court)

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