Anorexie : un fantôme dans mon placard

Récit d’anorexie

Mon blog, c’est mon jardin secret. Un bout de bloc note sur lequel je peux tout noter. Aucun risque de me faire voler la clé. Le mode « public » est activé.
Je n’ai pas grand-chose à cacher.
Je suis une ancienne sportive, j’ai fait de l’escrime. A mon entrée en 1ère, j’ai intégré un sport-études en Normandie, dans la « grande ville » de Gisors !

Une année formidable.

Le vent a vite tourné.

Crème, gateaux et beurre frais en quantité + course à pieds à une allure effrénée ont rendu mes cuisses et mes mollets un peu grassouillets.
J’ai donc commencé à moins manger pour vite effacer ces capitons incrustés. En septembre, mon papa se fait retirer deux petites boules sur la tempe.
Un peu d’attente et le verdict est tombé. Six lettres à tout jamais gravées : C A N C E R.

Mon petit régime si bien commencé, se transforme vite en démon obsessionnelle. Ce petit salaud ne va plus me quitter.

Papa est doucement en train de crever.

J’ai bientôt 17 ans, mon corps est décharné. 42 kilos à tout cassé.
En décembre 1999, c’est la tempête sur l’Ile de France. Les arbres tombent, les rues sont barrées. C’est mon anniversaire. Un à un les invités appellent pour annuler. J’ai confectionné des tas de gateaux. Un moyen de faire grossir mon corps par procuration.
Il est 17h, l’heure d’allumer les bougies. Personne sur le palier. Ils ont tous dû annuler.
Heureusement Mamouchka est là. Ma sœur et mon frère aussi. Papa est dans son fauteuil bleu. Il ne peut presque plus se lever. Le pire anniversaire jusqu’à aujourd’hui.

Besoin de ne plus me faire remarquer ?

Plutôt l’envie de se faire regarder. Avant que celui qui doit s’en aller observe enfin la jeune fille si contrariée.
Il n’y a pas eu de fin heureuse comme dans les films américains qui se passent au lycée.
L’histoire du Papa malade s’est achevée, un jour ensoleillé de février autour d’un trou qui s’est refermé devant mes yeux d’ado effrayée.
La suite de l’histoire, j’ai dû la composer. Entre clinique spécialisée, psychiatre et cauchemars programmés.
Chaque repas est une bataille. Chaque invitation, un supplice. Chaque passage devant la boulangerie, un mensonge à mon esprit. Bien sûr, mon corps à faim. Il n’y a pas de secret. Mon ventre est affamé.

Deux solutions pour tenter d’échapper à cette pourriture d’anorexie mentale.

1)      S’assoir et pleurer. Laisser son corps petit à petit s’envoler.
2)      Continuer chaque jour à se soigner.

J’ai choisi d’abord la solution 1. Je n’avais plus de force pour rien.

Et puis, la solution 2 s’est avérée vitale. Alors, comme pour toutes les maladies compliquées, il a fallu adapter le traitement. Passer par des phases de bataille intense, de rémissions fulgurantes…et de rechutes régulières.
Dans cette maladie pourrie j’y ai laissé beaucoup.

L’anorexie ou la connaissance des calories

J’ai eu beau travailler, tout faire pour y réchapper mais il y a une chose que je n’ai pas pu oublier : les calories. Je les connais pas cœur, pour quasiment tous les aliments. Comment manger sans y penser ? J’ai beau être aujourd’hui soigné, mon cerveau ne s’est pas effacé.

L’anorexie ou quand le corps n’est plus un ami

Commencer une nouvelle journée, essayer de ne pas y penser. Faire un écart et retenter d’avoir une alimentation équilibrée. Accepter de voir des kilos nécessaires s’installer. Encore aujourd’hui, c’est toujours compliqué.
Voilà plus de 10 ans qui ont passé. Je pense vraiment être soignée. Mais je ne me mens pas, il n’y a pas de secret. La nourriture n’est pas mon ami et mon corps à bien ramassé.
Mon chauffage interne a complètement buggé. Même au milieu du désert, j’ai toujours froid en été.
Sept de mes dents ont éclaté. Même pas en mangeant des carambars. Juste en buvant du lait.

Et enfin, mes règles ont complètement dysfonctionné. En général, les amies trouvent cela plutôt chanceux d’avoir ses règles seulement une ou deux fois dans l’année

C’est vrai. A part quand on veut faire des bébés.

 Ce billet fait partie d’un tryptique. 2 autres articles à venir très prochainement : « PMA, MAP : 3 lettres, 2 situations difficiles à gérer »

Le SpiderSecret de la SpiderMaman de triplés

Pourquoi avoir décidé de vous parler d’anorexie ?
J’utilise bien le mot « Anorexie » et pas une abréviation type « Ana » qui, je trouve, rend le truc un peu fun et in. Rien à voir avec cette maladie pourrie.


- Pour mettre des mots sur un mal.
- Parce qu’on a tous une sœur, une nièce, une amie, une copine d’une amie qui a souffert ou souffre d’anorexie.
- Pour rappeler que l’anorexie n’est pas un caprice d’ado. C’est une maladie. Une vraie. Elle nécessite des soins et un accompagnement par de vrais médecins (les psychiatres sont de vrais médecins)
- Pour moi. Parce que pendant plus de mille repas l’anorexie m’a hanté, elle m’a usé, fatigué, épuisé. Moralement. Physiquement.
- Pour montrer que l’anorexie peut se soigner. Qu’aujourd’hui, j’ai appris à composer avec des séquelles pourtant bien installées.
- Parce que de toute situation merdeuse, on en retire de enseignements. Mon anorexie m’a prouvé la force du corps humain, ses immenses capacités. Aujourd’hui j’ai une exigence – qui n’est plus maladive- qui me permet d’avancer. J’ai appris les règles d’une alimentation équilibré.. J’ai appris à me relever. J’ai appris à mieux accepter ce que je ne peux pas maîtriser.
- Parce que l’anorexie m’a fait dysfonctionné. En tant que femme. J’ai dû y remédier, traverser le long sentier de la procréation médicalement assistée. Et là, mes triplés sont nés.
- En hébreux, on dit « gam zou létova » ou en français « tout pour le bien ». Une expression qui signifie que chaque chose à une raison d’être. Quand on a juste envie de s’écrouler au sol et de crever doucement, cette petite phrase peut rassurer. Aujourd’hui, assise sur mon canapé, à côté de mon mari, de mes triplés et du petit dernier, j’ai envie de penser que c’est vrai.

Enfin, dernière précision. Ma vie, ce n’est pas le chaos. J’ai eu une enfance épanouissante. Des parents aimants. Une jolie villa dans une banlieue pas dégueu.
Ca arrive aussi à ces gens là.

Claire Barer, maman de triplés 
Le blog de triplés-  » La vie des triplés « : trucs, astuces et galères de parents de jumeaux et plus et de familles nombreuses.

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7 commentaires à propos de “Anorexie : un fantôme dans mon placard

  1. Comme le dit si bien Maman Prout, c’est un témoignage vraiment très touchant… Cette partie de ta vie que j’ignorais (malgré que nos chemins se soient croisés durant nos années collèges) m’a vraiment émue et je dois avouer que c’est les larmes aux yeux que j’ai lu ce « journal intime »… Bravo en tout cas d’avoir le courage d’en parler et surtout bravo d’avoir su affronter cette maladie.. Je pense que ton papa d’où il est doit être vraiment très fière de sa fille, du combat que tu as su mener, d’aller au-delà de tes peines et d’avoir réussi à fonder une très jolies « petite » famille… Un très bon exemple qui saura en aider plus d’un je pense!!! Des gros bisous à toi et toute ta famille!!!

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