Vous le faites grossir

Au départ, j’étais tout petit, riquiqui, j’allais vite, des gens m’écoutaient de l’autre côté.
En grandissant, je me suis un peu calmé, j’ai ralenti. Certaines fois, j’accéléré le rythme, une belle émotion, une prise de risque, un premier baiser.

Ensuite, je me suis liquéfié, rabougri, un peu de Patafix, de scotch et de gros pansements se sont agrippés pour continuer à me faire fonctionner.

Le cerclage a tenu, il s’est même durci autour de moi.

Je me suis bien demandé si je pourrais rester enfermé dans cette cage un peu étroite toute ma vie. La cage s’est agrandie pour me laisser grandir aussi.

Puis un jour, sans le savoir, j’ai triplé de volume. Ce n’est pas facile à accepter mais je me suis senti tellement plus fort, tellement plus riche. Il n’y a aucun régime pour ça. Au contraire, ce poids là fait parti de moi.

A l’annonce que ça aller recommencer, j’ai palpité. Une nouvelle fois, j’ai pris du volume, je me suis alourdi. Je leur ai fait bien peur aux docteurs qui m’ont observé. Juste de l’aspirine à haute dose et c’était reparti.

Aujourd’hui, plus que jamais, j’ai l’impression que je suis à l’abri. Je suis robuste. Le temps et les beaux sentiments m’ont nourri. J’ai senti l’excitation, la fatigue, la joie, la peur. Je me suis chaque fois adapté à la cadence imposée.

Si j’avais pu regarder, j’imagine que j’aurais vu des tas de sourire, des enfants courir, des bêtises à s’écrouler de rire, d’autres à s’arracher les cheveux.

Si j’avais pu entendre, j’imagine que j’aurais entendu des cris, des mots doux et un tas de questions.

Si j’avais pu sentir, j’imagine que je me serais bouchez le nez régulièrement.

J’ai j’avais pu goûter, j’imagine que ça aurait eu une note sucré.

Moi,  arrivé si tout petit, riquiqui, je suis aujourd’hui gros, costaud.

Je crois que celle dans qui j’habite connait le secret.
J’ai bien une petite piste. J’ai cru sentir quelque chose, ça m’est arrivé deux fois.
Un petit bruit lointain qui me faisait écho. La première fois, les sons partaient dans tous les sens. La seconde fois, le bruit était localisé. Là, un tout petit peu plus bas.

Aujourd’hui, ça fait 5 ans. J’ai tellement tambouriné ce jour là, un vrai marteau piqueur.

Dans deux jours, ça fera 1 an. J’étais un peu moins vif, on ne peut pas non plus dire « pépère ».  J’avais déjà pas mal grossi. Je suis très bien nourri.

Ça ne se voit pas, mais bien sûr que j’ai grossi.

Il n’était pas possible de me couper, tout le monde le sait !
Je ne pouvais que grossir. Alors, c’est ce que j’ai fait.

Mon cœur.

Aujourd’hui, mes triplés fêtent leurs 5 ans. Après-demain, mon petit dernier aura un 1 an. On se demande souvent si le cœur sera assez gros pour aimer chaque enfant. Mon cœur à moi s’est agrandi. Il ne pouvait en être autrement. 

#Schyzo

Claire, maman de l’extrême

 » La vie des triplés « : trucs, tests, astuces et galères d’une maman de triplés… et d’un petit dernier. L’expérience d’une maman de famille nombreuse contrainte à l’ingéniosité !

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