Reconversion pro : semaine 1

Résumé des épisodes précédents  : (pour ceux qui arrivent en cours de route) après 6 années au service du webmarketing et un licenciement, j’ai décidé que dans la vie, je voulais être plombier. Alors, je me suis lancée tant bien que mal ! Lundi dernier, c’était ma rentrée en formation ICCSER (Installateur Chauffage Climatisation Sanitaire et Energies Renouvelables). Formation en 8 mois à cheval entre le niveau CAP et le Bac pro. Je n’ai aucune expérience, juste vraiment l’envie d’apprendre, de travailler et d’y arriver. J’espère ça suffira.

Lundi dernier, j’ai réglé mon réveil sur 6h15, 6h16 et 6h17 au cas où je ne l’entendrais pas. Hors de question d’arriver à la bourre le premier jour de ma formation. Question de ponctualité.
J’ai pris ma mini voiture. J’ai longtemps hésité pour la tenue. Amoureuse de la mode oblige. Chantier ou pas, on ne lésine pas sur le style.
Pantalon de chantier et chaussures de sécu ou simple jean et basket ? Je n’avais pas envie d’être la seule à arriver toute prête (et trop propre). J’ai tâtonné le terrain et opté pour le jean.
Pour cette première journée, j’ai évité le top trop décolleté. D’abord parce que je n’ai aucune poitrine à montrer, ensuite parce qu’Il ne faut pas se mentir, j’arrive dans un monde occupé à 99% par des hommes, je dois m’adapter, ne pas être la petite pouffe qui n’ose pas se salir les mains. Je veux que l’on me prenne au sérieux. J’aurai bien le temps d’affirmer une quelconque féminité.
Pas de fleur dans les cheveux non plus. Pas tout de suite. Je suis un peu timide en vrai.

Salle de classe un peu vétuste et atelier : le décor est posé. Des conditions réelles.

Formation professionnelle : formalités

17. C’est le nombre de stagiaires que nous serons cette année répartis sous la forme suivante :
– 4 « petits jeunots » de 24/25 ans
– 11 entre 29 et 35 ans (dont je fais partie)
– 2 de 45 ans et plus
La majorité a déjà un pied dans le monde du bâtiment mais pas de la plomberie sauf pour l’un d’entre nous qui envisage de récupérer la société de son père. Je suis clairement la plus novice. Ce n’est pas grave, j’ai très envie d’apprendre et j’avoue trouver ça très excitant de découvrir quelque chose de complètement inconnu. Mais alors, complètement !
Nous sommes 2 femmes, l’autre étant la doyenne de la formation. Elle a travaillé des années dans l’humanitaire et ça faisait deux ans qu’elle espérait cette formation. Deux du groupe sont hébergés sur place.

Cette formation en plomberie est dispensée par l’AFPA (Association nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes) c’est pourquoi je ne me retrouve pas en lycée avec des grands ados de 16-17 ans.

Au niveau des horaires, ce sera 7h30-16h30 sauf le vendredi après-midi où nous sommes en congés. Pour ma part, ce temps libre sera destiné à remplir le frigo dévasté et à gérer les différentes démarches « administratives » ou « logistiques » nécessaires au bon fonctionnement de la Maison. Je vais pouvoir récupérer chaque soir mes enfants. C’était l’une des conditions pour mon entrée en formation. Je ne veux pas qu’ils se sentent lésés même s’il semble évident que le rythme de l’année va être différent.

Le groupe

Je n’y avais pas vraiment songé au départ, mais retourner à « l’école » c’est également rejoindre une nouvelle classe, un nouveau groupe. Bah franchement, c’est super sympa de faire des blagues ridicules, de s’encourager, de se soutenir, d’apprendre. Pour le moment, aucune alerte rouge « caractère incompatible » n’a été déclenchée. Pourvu que ça dure.
Le travail en commun facilite les relations humaines. Laver un atelier qui ressemble à un garage laissé à l’abandon pendant 25 ans, ça resserre les liens.

Levé de rideaux

Nous avons réalisé nos petits cartons avec nos noms et avons joué au « présente l’autre comme si c’était toi ». Nous avons fait un tour de l’outillage, j’ai été à casto me racheter une clé à molette qui comme me l’a dit mon formateur « n’est pas pour jouer aux poupées« . L’atelier est compartimenté en 17 espaces. Chacun a tiré au sort le box dans lequel il travaillera toute l’année. Ce sera le n°5 pour moi. Bien au centre… Nous avons démonté les installations réalisées l’année passée, avons buriné les trous et rebouché le tout puis poncé.
J’ai appris à faire du plâtre. Je suis novice. Je l’ai déjà dit, c’est encore vrai.

atelier

Ma box n°5 « propre »

Dès mercredi, nous nous sommes vraiment lancés dans le vif du sujet en étudiant les particularités des tubes en acier. J’ai appris plein de trucs : les différentes vannes (« ouvre les vannes »), les diamètres, les obscures mesures en « pouces ».

Le lendemain, nous avons découvert comment « fileter ». Cette opération consiste à transformer le bout d’un tube en pas de vis afin de pouvoir ajouter un raccord. C’est du chinois aussi pour moi, mais je mise tout sur ma mémoire (et mes petites fiches de collégienne bien surlignées !). J’espère qu’elle me sauvera. Pour réaliser un tube fileté, il faut utiliser des outils particulièrement flippants. C’était géant.

outils

Les « gros outils »

J’ai tout de même eu le droit à une petite blague mignonne : « Claire, tu dois retourner en magasin pour t’acheter des outils ?
– Non. Pourquoi ?
– Parce que tu devrais aller t’acheter des bras« .
C’est légitime ! Ça m’a fait rire. C’était bien attentionné.
C’est vrai que comparé au Monsieur Muscles -ancien soudeur- du box de devant moi, il n’y a pas photo, il faut que j’aille m’acheter des bras ! Que je les façonne un peu en tout cas. Ça viendra.
Je devrais peut-être poster une photo de biceps avant/après !

Vendredi, nous avons lavé à grande eau nos box pourris, avons souri avec fierté en voyant nos bouts de tubes « filetés », nous nous sommes souhaité un bon week-end chacun par nos prénoms.
J’avais ma fleur sur le côté.

tube fileté

Le « filetage » : un tournicoton pour visser en bref !

J’ai mis RTL2 à fond. Il y avait du soleil. Ma salopette, que j’avais enfin osé porter et qui m’a valu un « la salopette, ça pète » était sale. Comme un vrai ouvrier.

pantalons

un peu moins « bleus ».

J’ai retrouvé mes enfants, leur ai présenté quelques outils, comme chaque soir cette semaine.
On a mis les chapeaux pour acheter des cônes glacés. On s’est assis sur l’allée verte devant l’appartement, avons rigolé et avons joué ensemble un bon bout de l’après-midi avant de finir tous crevés sur le canapé à tenter de comprendre les dialogues de Mickey-Les trois mousquetaires. Le soir, mon mari nous a enfin rejoint après cette semaine si riche où nous étions séparés. Je n’ai pas arrêté de parler. Une gosse de 5 ans. Une de plus dans l’appartement.

C’est dingue à dire, surtout pour de la plomberie, mais j’ai l’impression de vivre une formidable aventure. Bricoler, fabriquer, se dépenser physiquement, avoir des relations franches, toucher à de gros outils, apprendre quelque chose qui me plait : je ne veux pas me réveiller. Pourvu que ça se passe bien, pourvu que je réussisse à gérer, pourvu que chaque semaine à venir m’apporte ce lot d’épanouissement et de gaieté.

La semaine prochaine, c’est une autre rentrée qui va se préparer.

PS : ce blog a, dans sa majorité, puisé son inspiration dans ma vie de maman. Je sais bien que certains ne sont pas là pour entendre parler tubes et autres évacuations, chiottes ou chalumeaux.
Cette formation, dans le cadre d’une reconversion professionnelle, va durer 8 mois. C’est pour moi une source de réjouissance et assurément aussi de futurs doutes ou difficultés. Il m’est impossible de ne pas régulièrement l’évoquer. Vous risquez donc un peu d’en entendre parler.

« Ne fuyez pas, la plomberie c’est sympa« . ©
(ce slogan est déposé par le syndicat des futures plombières en pleine reconversion consciente de la difficulté à éprouver de la sympathie pour de la tuyauterie)

Claire, prête à y retourner.
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