Il s’appellera David

Comme je n’ai eu avec moi,pendant 15 jours, que mon plus jeune enfant, c’est l’occasion de lui accorder la place qu’il mérite ici. Déjà que dans le nom du blog, il n’est pas cité…

David, c’est le prénom de mon petit dernier : un haricot magique qui s’est développé miraculeusement dans mon ventre auparavant naturellement hostile à quelconque forme de vie.

Si c’était un garçon -secret bien gardé par le monde hospitalier jusqu’à la délivrance- le prénom était évident. Il s’appellerait David. Si c’était une fille,ç’aurait été Anouk.

Pas vraiment en rapport avec le roi (même si cette image n’est pas la moins flatteuse) mais plutôt en rapport avec David. Notre David.

Pour vous raconter cette histoire, il va falloir aussi que je vous révèle un peu de ma vie mais aussi un peu de celle de ma maman. Je pense (et j’espère) qu’elle ne m’en voudra pas.
Voilà encore un texte qui me rendra timide face à l’interlocuteur qui l’aura lu. Ici, c’est un peu mon carnet de liaison, j’assume pleinement (au moins en l’écrivant).
Ma mère s’est retrouvée veuve à 42 ans et moi, sans papa à 17. C’était triste à s’assoir par terre pour un bon moment, c’était long à colmater, ça paraissait insurmontable de vivre ça et puis, le temps a passé. Nos habitudes ont changé. Mettre la table pour 5 s’est petit à petit transformé en 2 face à face. Au début, penser à ne pas sortir l’assiette était déprimant et puis, la chaise en trop a été placée sous le piano, même s’il n’y a personne pour jouer. (et qu’il n’est sûrement pas accordé) C’est devenu sa place dans cette nouvelle configuration. Je me suis habituée. On s’est tous habitué. C’était comme ça, pas le choix.
Heureusement le temps avance en même temps pour tout le monde, au moins du point de vue d’un calendrier.  Pour ma maman également. Heureusement.
Elle a rencontré quelqu’un. Il était généreux, gentil et profondément joyeux. Il lui a fallu du temps, à maman, pour imaginer la vie autrement, pour se sentir à nouveau en sécurité, pour faire des plans.
A mon âge, je ne cherchais plus de père de substitution, j’avais déjà quitté la maison depuis un moment. J’espérais juste quelqu’un qui la fasse sourire, pour de vrai.
Comme c’est ce qu’il a fait, je me suis laissé imaginer quelques fois qu’il porte un jour mes enfants dans les bras comme l’aurait fait un papi. Il était parfait comme 3ème grand-père, j’en étais persuadée.
En plus, quand il a rencontré l’homme qui serait mon futur mari, il l’a adoré. Ca comptait.
Et puis, au moment où tout se réparait, il a complètement chié.
Par hasard, j’ai appelé ma mère pour vérifier si mon forfait téléphonique s’était relancé (l’époque du forfait bloqué), j’étais sous la pluie, il faisait froid et elle m’a tout dit. Je crois que ce jour-là la terre s’est à nouveau arrêté. Il avait eu une crise cardiaque et était mort dans la nuit. Comme ça, sans prévenir, sans nous laisser nous préparer.
C’est vraiment pas de bol de se retrouver veuve deux fois à 50 ans. Pour un téléfilm M6, ça ferait un super scénario dramatique. Malheureusement, tout ça était bien vrai. Ni acteur, ni caméra. J’espère sincèrement que le dicton « jamais deux sans trois » est aussi valable que le fait que quelqu’un pense à toi quand on voit la trace d’un avion dans le ciel.
Aujourd’hui, je préfère sourire (et en blaguer) que de pleurer. Dès fois, la vie est comme ça et ça sent juste mauvais. Maintenant, je connais les paramètres.

Cet homme qui a fait partie de nos vies aurait adoré que j’ai des triplés. Il aurait trouvé ça merveilleux. Je l’imagine avec sa voiture énorme et trois sièges auto de dernière génération venir nous voir à la maison. Ça m’aurait plu que mes enfants aient ce grand-père-là.

Alors, quand notre dernier bébé est né, il nous semblait naturel de lui offrir ce prénom, le prénom de ce grand-père d’adoption, le prénom d’un homme que j’avais choisi pour être un super papi.
On l’a appelé David comme le David merveilleux que j’ai eu la chance de rencontrer. La joie en héritage.

PS: promis, la prochaine fois je vous parle crème solaire, terracotta et cheveux glossy pour alléger le récit. 

Claire
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