Le grand pardon

Je vais parler ciné et du célèbre scénario du « Grand pardon ». J’ai une culture absolument hallucinante côté 7ème art. D’ailleurs, en tant que cinéphile adepte des petits films d’auteurs suédois, j’ai pour titre préféré Pretty Woman.

Non, je ne vais parler ciné. Mais bien du Grand pardon. Ou plutôt de « Yom Kippour ». « Yom Kippour » et « Roch Hachana » en fait.

Ce qu’ils ne sont pas :

–    Des équipes de foot

–    Des termes qui veulent dire « bonjour » et « merci » en Inuit

–    Deux marques de cornichons aigres-doux

Ce qu’ils sont :

–    Les noms de deux fêtes dans le calendrier juif célébrées à dates variables entre septembre et octobre chaque année

–    Deux jours où nous mangeons beaucoup et un où il est interdit de manger

–    Des moments importants d’introspection à partager avec ceux que l’on aime

À nouveau, parce que je permets de parler religion, je rappelle que je ne pousse personne à la conversion et que si cela avait été mon intention, j’aurais enfilé un costume de superhéros pour rendre ce défi absurde et dangereux plus rigolo.

Partager une culture qui fait partie de mon quotidien est un réel plaisir. Je ne m’en prive donc pas.

Chaque année, vers cette période c’est la même chose. Je cours chez le boucher, je passe des soirées à cuisiner et je lave mes nappes soit disant « antitâches » à 90°.

Roch Hachana Kippour

C’est la période des fêtes.

Pour les juifs, cette période faste commence par la nouvelle année : Roch Hachana (littéralement : « Tête de l’année »). Nous entrons dans l’an 5775. Pour bien s’en souvenir, chaque épicerie Cacher y va de son petit calendrier offert à coller sur le frigo.

Cette fête va durer deux jours. Des jours chômés. Évidemment, à ma formation, ils n’ont pas adapté ce concept de jeudi-vendredi non travaillés.
Les enfants sont contents, nous leur en parlons depuis plusieurs semaines déjà. Ils attendent ce moment avec hâte. Il est d’usage de porter des vêtements neufs (pour une fois) : de la nouveauté pour une nouvelle année. Il est de tradition dans la maison de faire un tour chez H&M. (une robe pour chacune de mes deux filles et une chemise pour chacun de mes 2 garçons. Pas de récup’ pour marquer l’occasion !)

Les plats préparés pour le repas doivent être doux et sucrés. La table est remplie d’aliments bourrés de signification. Parmi les plus imagés : la pomme que l’on trempe dans du miel pour que l’année soit douce comme la pomme et sucrée comme le miel. (et idéalement pas trop dégoulinante ni collante comme les doigts de mes enfants après avoir dégusté ce met)

roch-hachana

D’habitude, chaque repas commence par une prière où l’on trempe du pain tressé (appelé « halla ») dans du sel. À ce moment, on le trempe dans le miel. Une histoire d’année sucrée, encore une fois. On ne se le souhaitera jamais assez !

Bon, à part manger et se souhaiter de vivre jusqu’à 120 ans, Roch Hachana – la nouvelle année, est aussi un moment de flippe total. En effet, ce jour-là va s’ouvrir le « Livre de la vie ». Pour annoncer ce moment, nous écoutons la sonnerie d’un chofar (une corne de bélier dans laquelle on souffle et qui fait sensiblement le bruit d’un pet bruyant même si avec les années il existe des « nouvelles stars » du chofar qui se révèlent.)

chofar

Ce bouquin, c’est une histoire bien plus complexe que Tchoupi, le genre de truc dont « vous êtes le héros ». Toutes les bonnes et les mauvaises actions de l’année sont recensées. Pour ceux qui ont accumulé les bons points et les images, ils sont d’offices inscrits comme « justes ». Pour les gros méchants qui n’ont eu que des bonshommes rouges dans leur carnet, bah, ça fout la mort, mais c’est illico dans la case « méchants ». Il reste donc un bon groupe à juger : les moyens. Ceux qui ont entre 8,5 et 9/20. Pour cette catégorie, il y a la session rattrapage. Ils ont 8 jours pour se donner à fond et multiplier les bonnes actions : s’excuser, aider les moins gâtés d’entre nous…

Comme ce n’est pas foutu ad vitam æternam, les redoublants pourront retenter leur chance l’année suivante. Même joueur joue encore. Rien n’est jamais perdu. Il y a toujours la possibilité de faire mieux et d’évoluer.

Pour se faciliter un peu la tâche, nous allons jeter quelques péchés dans une eau courante (rivière, fleuve, mer…). Comme il est bien sûr impossible de sortir une mauvaise action de son oreille alors, à la place, on jette du pain (rassis de préférence). Mon mari avait pris ces précautions en emportant un grand sac rempli de vieux croûtons rien que pour moi ! Comme les canards lyonnais crève la dalle, ils nous ont accompagné dans cette mission et ont boulotté une partie des péchés !

8 jours après la première sonnerie de Roch Hachana annonçant l’ouverture du livre a lieu Yom Kippour  (« le jour du grand pardon » – ce samedi). C’est un jour de jeûne, de prière et de remise en question. Au soir, le chofar sonnera à nouveau, signifiant la fermeture du livre. En espérant être classé dans les premiers, avec toujours une marge de progression !

Claire, qui a jeté beaucoup de pain dans le Rhône
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PS : Je passe du sel au miel mais je voulais vous présenter mes dernières fabrications. Je les appelerais : « Les tubes de la fierté ». (même que j’ai eu des notes pas trop mauvaises) En espérant que je continue à me débrouiller !
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Religion et éducation : un choix compliqué

« ma douceur (c’est l’adorable surnom -particulièrement bourré de testostérone- par lequel j’appelle mon mari), je crois qu’on a fait le choix le plus compliqué qu’il soit ».

C’est souvent ce que je me dis par rapport à l’un des points d’éducation que l’on a décidé de transmettre à nos enfants. Ce point, c’est la religion.
Je ne vais pas tenter de vous convaincre du bien-fondé de ce choix. Je n’ai pas d’argument valable si ce n’est la foi. Et cet argument n’est pas valable aux yeux de tous, ce que je comprends à la vue des nombreuses tragédies rapportées par les médias.

Une fois, une personne a commenté l’un de mes billets très gentiment en me disant qu' »il n’était pas nécessaire de prendre autant de pincette pour parler religion« . Pourtant, j’en prends, des en cristal, pour parler avec fragilité de ce sujet.
Il peut être mal perçu, sembler prosélyte même. Ce n’est pas mon intention. Comme ici, je blablate de ma life et de celle de ma famille, je ne peux pas évincer ce point. Je suis quelqu’un d’entier : une française qui n’est pas athée et bourrée de convictions (plus ou moins justifiées selon les situations).

Le religion dans l’éducation

J’ai fait le choix d’imposer mes convictions religieuses à mes enfants. Oui, je le dis, je l’ai « imposé ». Par ce mot, j’entends que je leur ai donné à chacun un gros coffre fictif (avec des pierres précieuses et des diamants pour ne pas le confondre avec celui des Playmobil) avec une étiquette. Dans cette boite, j’y fourre régulièrement des explications, des façons de faire, des fêtes, de la culture, des chansons, un peu de philo version 6 ans et moins, des moyens d’aborder la vie, la mort, l’autre, le moi.
Je ne suis qu’un humain, il y a donc du subjectif dans tout ça, un peu de moi, un peu de nous; j’aime bien ça.

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Dans cette boite, il y a aussi beaucoup d’eux, parce que ce sont des petits humains avec des idées, des rêves, de l’imagination, des perceptions. « Imposer » cela peut être critiquable. Je l’entends. Mais je me suis aussi posée cette question et j’en ai conclus que des idées, des valeurs, je leur en imposais au quotidien.
Religion ou pas.
Alors autant que ça vienne de moi.

De la religion pour les cons

Je vais être dure avec ça, mais c’est l’une de mes grandes convictions : ne pas être un con.
Religieux ou pas.
J’ai appris bien a mes dépens, au fur et à mesure des ans, que la religion faisait aussi des cons. J’étais bête et sûrement bien trop naïve mais moi, je pensais que quand on était pratiquant, on était bon. C’est pas vrai. Il y a des cons partout et souvent ils parlent fort. Plus que les autres. Je ne sais pas pourquoi.
Alors, dans leur coffre au trésor j’essaye de fournir beaucoup d’explications pour ne pas faire de grands pratiquants cons qui penseraient que sous-couvert de la religion, ils peuvent faire du mal à l’autre, juste parce qu’il est différent, juste parce qu’il pense autrement. J’essaye.

Mes enfants et l’école

On mange différemment même que dès fois,à la maison on chante des chansons dans une autre langue. Le samedi j’évite de travailler, d’écrire sur l’ordi ou de voyager. J’évite. Les grands pratiquants diraient que je ne respecte pas les règles. Je m’en fous, ça me va pour le moment. Je n’ai de compte à rendre qu’à ma moi-même et à ce en quoi je crois.
Mes enfants sont en école publique. Toutes ces pratiques, à l’école, ça n’existe pas.
Avec mon mari, on le sait bien. Mais c’est un choix. Je veux que mes enfants grandissent dans leur pays avec la variété des personnes qui le constitue. Parce que pour moi, la connaissance de l’autre est la base de la sociabilité et une lutte réelle contre le racisme. J’en suis convaincue.

Les enfants sont des balances

N’imaginez pas leur faire garder un secret.
Quand Ava Banana dit à sa maîtresse que « le ciel, c’est D.ieu qui l’a créé », ça la fout mal.
Alors, je dois lui expliquer que la croyance n’empêche pas la science. Qu’il y a des faits et des façons de penser. Ava Banana a moins de 6 ans. La conceptualisation de la réalité, ça n’est pas simple, c’est même plutôt compliqué.
Et pourtant, cette pluralité d’idées je la trouve riche, je ne veux pas m’en cacher, je ne veux pas qu’ils s’en cachent.

Voilà, avec mon mari, on a fait le choix d’être pratiquant au milieu de la laïcité.
Avec mon mari, on a fait le choix de transmettre cette vision à nos enfants. Je me rends compte que c’est bien compliqué. Je crois en l’idée qu’on se doit d’y arriver.

Claire, une maman convaincue
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