Du marketing à la plomberie – déformation en cours

Je vous délaisse, j’écris peu, mais je pense souvent à vous, lecteurs bien aimés et … à toi mon blog.

Les journées s’enchaînent et les soirées sont denses avec mes 4 enfants. Mais qu’est-ce que j’aime ce  tempo intense !

J’ai plein de sujets sous le coude (ou plutôt dans mon joli petit carnet), mais aujourd’hui, j’ai envie de parler de ce qui fait mon quotidien : ma formation.

Au cas où vous tomberiez ici par hasard, je me suis lancée dans une reconversion professionnelle qui me tient beaucoup aux tripes : j’ai décidé de devenir plombier. Rien que de l’écrire sur le clavier, ça me fait plaisir.

Reconversion professionnelle : le premier trimestre

J’en suis exactement à 13 SA, le premier trimestre est passé. Comme pour mes autres grossesses, j’ai beau avoir passé le cap fatidique du 3e mois, je suis toujours flippée. Je pense n’avoir de répit avec mon cerveau qu’après l’accouchement ou plutôt la certification qui aura lieu mi-mars. Une épreuve de 8 heures en atelier + un gros QCM (Questionnaire à Choix Multiples) pas très simple qui porte sur les 3 gros classeurs remplis de trucs qu’il me faut bien du temps à comprendre et de calcul (je crois que j’ai arrêté de comprendre les cours de mathématiques en CM1. Au mieux.). Il y a aussi un dossier détaillant tout le travail de l’année à remettre.
Après ça, mon cerveau sera au repos pour au moins 48H.
Viendra alors le moment de la recherche du premier emploi. Je mise sur l’intérim au départ pour enchaîner les missions et parfaire mon apprentissage.

Voyage au cœur de mes pensées

J’ai plusieurs fois par semaine de grosses remises en cause. Pas un instant sur mon choix. Plutôt sur mes capacités. Ma formation porte sur trois domaines. Elles se composent de 3 modules :

– Le sanitaire : entendez eau que l’on boit, chiottes (à réservoir attenant, à réservoir distant, suspendus, turcs et environ un millier d’autres configurations. Oui, juste pour des chiottes.) , douches, évier…  Mais aussi surpresseur, pompe de relevage, évacuations…

– Le thermique : entendez radiateurs, clim, chaudières en tout genre.

– Les énergies renouvelables : entendez panneaux solaires, pompes à chaleur…

J’ai terminé le module sanitaire et débuté le module thermique. J’ai toujours mes 10 doigts pour le moment. En entier. Ouf.
En cet instant précis, mon cerveau visualise des radiateurs, des circulateurs, des vannes 3 voies, des vases d’expansion.

Comme vous faites partie de ma vie, vous devez aussi subir ce que j’inflige à mon environnement chaque jour : des discussions incompréhensibles d’un plombier en formation. Et je me lâche. Je raconte tous les détails de mes journées, les techniques, les outils, le travail en atelier, les cours.

Mon mari est patient. Franchement, il fait de gros efforts, pose des questions. Je comprends aisément que parfois, il me demande de changer de sujet parce qu’il n’a pas la tête à comprendre mes explications farfelues ponctuées de vocabulaire technique.

En fait, le plus difficile est que tout est nouveau pour moi. Tout. C’est énormément d’information d’un coup. Heureusement, je suis scolaire. Ça, je sais faire. J’ai de belles fiches de révision ! Mais, je ne veux pas juste des bonnes notes. À mon âge, je m’en fou (je mens. J’adore toujours avoir des bonnes notes). Ce que je veux le plus, c’est comprendre est savoir-faire. Et ce n’est pas simple car je ne veux pas faire d’impasse. La plomberie c’est un peu de la mécanique. Il y a un fonctionnement à capter pour pouvoir faire les choses avec intelligence.

Le 24 novembre, je commence un stage en entreprise d’un mois. Ce ne sera pas assez, mais c’est très bon à prendre. J’ai super hâte de me retrouver dans le « camion ». J’en ai besoin aussi. Il me faut beaucoup de pratique : rencontrer un max de problèmes et surtout, apprendre un max de solution.

J’ai fait une razzia chez Décath’ : polaire, sous-pull thermique, bonnet. Je n’ai pas envie d’être frigorifiée.

Aujourd’hui, je pratique dans un atelier. Le matériel date de la guerre, on partage le gros outillage par groupe de 4 et nous disposons chacun de 3 murs (qui manque de s’écrouler à chaque perçage) et d’un établi avec notre chalumeau. C’est chez nous, notre box pour toute la formation. Chaque vendredi, une heure est destinée à leur nettoyage, au lavage complet de l’atelier, au rangement des outils et au vidage de poubelles (de bonnes grosses brouettes aux roues dégonflées remplies de tubes de cuivres, de gravats, de pvc… à aller décharger dans des bennes appropriées…et pas toujours à côté…)

L’endroit est vétuste, mais j’y vis de formidable moment et j’apprends tellement de chose.

Et puis, il y a aussi les gens.

Les hommes, les femmes

Je me suis lancée dans la plomberie. Évidemment que la question de faire un métier à tendance plus que largement masculine m’a traversé l’esprit.

Je me retrouve avec 16 hommes (formateur compris) et une femme. Parité oblige, nous avons un vestiaire rien que pour nous. (Envers du décor : il pèle sa mère, il n’y a pas de chauffage.)

Bien sûr, j’entends vraiment un très grand nombre d’allusions ouvertement salaces. Que voulez-vous, même pour moi, prude devant l’éternel, parler de tuyaux toute la journée est un pousse au crime. Je ris donc bien facilement et me surprends même quelques fois à rentrer dans le jeu. (en réalité, je crois être l’une des plus avertie dans le domaine du jeu de mots pourri)
Je prends le rôle à bras le corps ! Ça fait partie du job !

Je dois bien l’avouer : je suis chaque jour surprise. Surprise de cette relation qui s’est créée avec tous ces garçons. Je leur trouve à tous de très belles qualités. Aucun n’a jamais eu de remarques déplacées sur ma présence ici. Je n’ai même jamais vu de regard désobligeant. Peut-être que certain pense que ce n’est pas pour moi et ils ont le droit de le penser, mais ils ont la décence de ne pas me le faire ressentir. Intérieurement, je les en remercie beaucoup. Je ne devrais pas, ça devrait être évident. La réalité est que je crois que toute cette définition de parité n’est pas si évidente.
Beaucoup me donnent des conseils, on échange sur nos techniques, nos interrogations, les fois où l’on ne comprend rien.

Je continue à porter ma salopette. Je crois bien être la seule sur toutes les formations à en mettre une. À la fois, c’est la solution imparable contre la si connue « raie du plombier ».  Je ne peux pas me permettre.

J’ai hérité d’un surnom pas si cool, mais je m’en accommode avec le sourire : « chat noir ». On m’a nommée ainsi pour une bien triste raison pour un plombier : quand je suis à côté d’une installation, il y a des fuites ! Heureusement, je n’en suis pas toujours à l’origine !

Le soir, je révise en espérant chaque fois ne jamais décrocher et sortir avec des bases qui me permettront de mettre le pied à l’étrier.

Bref, je suis ravie d’apprendre un nouveau métier.

installation-chauffage-1

Ma première installation de chauffage

liaison-chauffage-entre-cabine-hydrocablé

Des tuyaux, des tuyaux…toujours des tuyaux

PS : Pourquoi devenir plombier ?

Vous êtes nombreux à m’avoir posé la question. Voici la réponse en 5 points :

1) En étant plombier, je pourrai intervenir la nuit et facturer 350€ le remplacement d’un siphon
2) En étant plombier, je m’assure un corps ferme et musclé
3) En étant plombier, je pourrai découvrir le charme des Polonais
4) En étant plombier, je fais des économies sur mon budget shopping. Les belles bottes en cuir et blouses en soie ne sont pas appropriées.
5) En étant plombier, je fais le choix de la simplicité. Avec les 15 couches par jour que j’ai changé avec mes triplés, les histoires de caca, ça me connait. 

Plus sérieusement, ce sera le sujet d’un prochain article. J’ai déjà dépassé les 1200 caractères. Google me dit dans l’oreillette que « c’est beaucoup trop long ».

Claire, en apprentissage
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